Le 28 février est célébré le Día de Andalucía. À cette occasion, j’aimerais rendre hommage à ma terre d’accueil, l’Andalousie, à travers le regard d’auteurs français ayant trouvé leur inspiration sur le territoire andalou, entre mer et montagne, villes d’art et villages esseulés.
L’Andalousie, une découverte pour les auteurs français
C’est au XVIIIe siècle que des poètes, des écrivains et des dramaturges avides de découvertes et de dépaysement voyagent dans toute l’Europe, et posent notamment leurs valises dans les pays méditerranéens. C’est l’époque du Grand Tour. Ils reviennent de leurs aventures avec des récits qui portent un certain regard sur les coutumes des lieux visités et qui permettent au lecteur de s’évader. Les ancêtres des auteurs de blogs de voyages, en quelque sorte.
De Hugo à Chateaubriand, plusieurs auteurs français ont franchi les Pyrénées à la recherche d’une vision romantique de l’Espagne. À cette époque, l’Espagne est indissociable à l’Andalousie, cette terre envoûtante au sud de la péninsule. Les écrivains français et autres décrivent leurs expériences et diffusent une certaine facette de l’Andalousie, une contrée à la forte influence arabe, un côté Mille et une nuits, une région où les gens se déplacent à dos d’âne, où des gitanes lisent la bonne aventure et où tout est terre, mer et montagne.
Si, aujourd’hui, on peut regretter les nombreux clichés et la description trop champêtre de l’Andalousie, ces textes ont permis et permettent de faire connaître l’Andalousie à de nombreux Français intéressés par les villes d’art : Grenade, Séville, Cordoue. Chaque année, des milliers et des milliers de Français se rendent en Andalousie sur les pas de Dumas, Beaumarchais, Gautier, etc.
Des Français en quête d’aventure et d’un style de vie andalou.


Comme susmentionné, nombreux sont les auteurs qui ont écrit sur l’Andalousie, notamment au 19e siècle. Voici une liste non exhaustive de livres où l’Andalousie est protagoniste, et qui – je l’espère – peut préparer votre voyage ou vous faire évader le temps de quelques pages sur cette terre méditerranéenne fière de ces traditions et à la croisée de cultures :
Des classiques de la littérature à l’époque du Grand Tour.
Comme d’autres destinations européennes, l’Andalousie a accueilli et inspiré de nombreux auteurs.
- Le Barbier de Séville de Beaumarchais. La pièce de théâtre dont l’action se déroule à Séville inspirera par la suite un des plus grands opéras, Il Barbiere di Siviglia de Rossini. Et fera de Séville une destination privilégiée des Français et des Italiens.
- Voyage en Espagne de Théophile Gautier. L’auteur du Capitaine Fracasse est un des premiers à avoir fait l’éloge de l’Andalousie dans son récit de voyage. Il a participé à la diffusion de l’image orientaliste de l’Andalousie dans les salons parisiens.
- De Paris à Cadix d’Alexandre Dumas. Moins connu que les autres œuvres de Dumas (Les Trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Christo), l’ouvrage De Paris à Cadix relate le voyage de Dumas en Espagne soucieux d’exotisme.

- Les Orientales de Victor Hugo. Celui qui est souvent considéré comme le plus grand écrivain français entretenait une relation privilégiée avec l’Espagne. D’ailleurs, Hugo qui a séjourné, enfant et adulte, en Espagne, conservera toujours un attachement à l’Espagne et notamment à l’Andalousie. Dans son recueil de poèmes Les Orientales, Hugo louait notamment la beauté de Grenade :
GRENADE
Soit lointaine, soit voisine,
Espagnole ou sarrasine,
Il n’est pas une cité
Qui dispute, sans folie,
A Grenade la jolie
La pomme de la beauté,
Et qui, gracieuse, étale
Plus de pompe orientale
Sous un ciel plus enchanté [...]
Hugo à propos de l’Espagne
En fait, les liens entre Hugo et l’Espagne étaient si forts que l’auteur écrivit : « Si j’avais grandi et vécu en Espagne, poursuit-il, je serais devenu un poète espagnol, et mes œuvres étant écrites en espagnol dans une langue peu répandue (sic), n’auraient pas eu de portée. C’est par la chute de l’Empereur, et en conséquence de celle de Joseph, que mon père de général espagnol est devenu général français et que moi de futur poète espagnol, je suis devenu poète français ». (Journal d’Adèle H.,1854).
- Les Aventures du dernier Abencérage de Chateaubriand. Le père du Romantisme ne pouvait pas manquer dans cette liste. Avec sa nouvelle Les Aventures du dernier Abencérage, il raconte l’histoire du dernier survivant de la famille Abencérage, dans une Grenade après la chute de 1492. Cette œuvre, de style troubadour, idéalise l’atmosphère médiévale de Grenade.
- Carmen de Prosper Mérimée. La nouvelle de Mérimée devenue célèbre dans le monde entier grâce à l’opéra de Bizet et aux nombreuses adaptations cinématographiques est certainement l’œuvre la plus emblématique de cette période et de ce regard français sur l’Andalousie : la fougue, la passion, le caractère sauvage et fauve.
Les auteurs français du Grand Tour véhiculeront une image andalouse qui aujourd’hui encore est présente dans l’imaginaire : de l’Esmeralda de Victor Hugo à la Carmen de Prosper Mérimée, et de la nostalgie romantisée de l’époque arabe aux difficultés de cette terre reculée et abandonnée. Entre exotisme et contemplation, entre rêverie et orientalisme.
De Louis Aragon aux auteurs français contemporains.
- Le fou d’Elsa de Louis Aragon. Dans son recueil dédié à sa femme Elsa, Aragon restitue la grandeur de l’Andalousie et notamment de Grenade. De nombreuses références y sont faites dont une à Federico Garcia Lorca. Cet ouvrage d’Aragon qui propose plusieurs clés de lecture est certainement une des plus belles déclarations à l’Andalousie.
- Almería d’Olivier Dubouclez. Publié en 2017, ce livre raconte l’histoire d’un enfant à Almería, cette ville andalouse à l’ombre de ses grandes sœurs souvent jugées plus majestueuses.
- Là où rêvent les étoiles d’Eric Marchal. Imaginez-vous votre vie dans l’Alhambra à la fin du 19e siècle où tous les rêves sont possibles… Ce roman historique nous emmène à Grenade et à Paris, sur les pas d’Eiffel et d’autres artistes de génie.
- L’éventail de Séville de Paul-Jacques Bonzon. Au fin fond de votre bibliothèque d’enfance, se cache peut-être ce classique de la Bibliothèque Verte. L’histoire d’amour compliquée de Pablo et de Juanita, de Séville à Grenade.
- L’an prochain à Grenade de Gérard de Cortanze. Ce roman qui traverse les siècles est une épopée qui commence à Grenade avec l’histoire d’une jeune fille juive et d’un jeune musulman. Un ouvrage qui prône la tolérance et qui hisse la Grenade arabe comme ville de tolérance.

- Léon l’Africain d’Amin Maalouf. L’un des plus grands succès de l’académicien. Cette biographie romancée débute à Grenade, puis se poursuit au dans d’autres pays méditerranéens. Mais toute sa vie, Hassan el-Wazzan regrettera sa terre natale, Grenade.
L’image idéalisée de l’Andalousie et la diffusion des clichés
Dans la littérature française et non, l’Andalousie se dévoile comme une terre exotique où les cultures se croisent et se mêlent, où le dépaysement est tellement dense qu’il nous plonge dans un autre monde digne des Mille et une nuits, où le ruissellement des fontaines de l’Alhambra accompagne les voyageurs et où la passion ardente brûle dans les veines de chaque Andalou. À travers des récits de voyage aux multiples péripéties, les auteurs français ont dressé le portrait d’une Andalousie passionnée et passionnante.
Mais cette représentation littéraire, n’est-elle qu’un songe d’une nuit d’été accompagné de notes de flamenco ? L’Andalousie d’aujourd’hui est-elle si différente ? Il est indéniable que les souvenirs ont été déformés et parfaits, et que le romantisme est exacerbé, mais il est aussi vrai que les Andalous sont fiers de leur terre et de leur héritage multiculturel, de leurs traditions et de leurs coutumes. Tout comme de leur art de vivre. Une terre qu’ils célèbrent chaque 28 février à l’occasion du Día de Andalucía.


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