« On ne mange pas bien en Angleterre ! »

Le cliché qui a la peau dure, le plus souvent véhiculé par des personnes qui n’ont jamais mis le pied sur le territoire britannique. On peut dire qu’on n’aime pas un plat, qu’on préfère les légumes verts et les pâtes aux pommes de terre, mais crier haut et fort que la cuisine anglaise est dégoûtante relève du mépris. 

Dans cet article, je ne vais pas non plus vous faire un manifeste sur la cuisine anglaise, mais vous expliquer comment la relation entre les Anglais et la cuisine diffère de la nôtre, et quand je dis la nôtre, j’entends les Français, les Italiens et les Espagnols (pays que je connais plutôt bien pour y avoir vécu) qui défendent l’art de la table à coups de couteaux sondages et classements : « Où passe-t-on le plus de temps à table ? », « Quelle est la meilleure cuisine du monde ? »…

En effet, si vous vous basez uniquement sur ces résultats, il est peu probable que vous trouviez le drapeau de l’Union Jack. Pourtant, les Britanniques mangent et ils ont même des plats traditionnels. Oui, oui.

Des plats français dans la cuisine anglaise !

En parlant de plats phares, cela me rappelle un épisode où pour impressionner mon futur mari je lui avais préparé un hachis Parmentier. Des heures de préparation et de fierté française pour l’entendre s’exclamer : « Oh ! Le Shepherd’s pie ! » Le quoi ??? Avec son flegme tout british, il décrit le plat qui existe depuis des siècles dans la cuisine anglaise, le tout enrobé d’anecdotes, devant une moi à la mine déconfite. J’avais réussi à impressionner tous mes amis italiens avec ce plat, mais pas un Anglais ? N’y avait-il pas un problème ? Un monde de clichés s’écroulait, mais un monde de découvertes culinaires britanniques s’ouvrait. Depuis cette anecdote, mon mari, très bon cuisinier, m’a préparé plein de mets anglais. Une occasion pour moi d’en découvrir plus sur son enfance et sur les traditions culinaires de sa famille…

Bien loin de tout ce que j’avais pu vivre au Royaume-Uni.

Comme beaucoup, j’ai voyagé, ado, en Angleterre et j’ai goûté à la riche expérience de la famille d’accueil. Un cauchemar pour mes papilles gustatives ! Plus de 25 ans après, je n’ai pas oublié les spaghetti trop cuits mélangés à des frites trop huileuses, le tout saupoudré de ketchup et de lardons bien gras. 
Mon mari, une fois de plus, m’expliqua le système des familles d’accueil en Angleterre. Ces familles ne le font pas pour le plaisir de partager leur quotidien avec un étudiant étranger, mais pour arrondir leur fin de mois. Business is business! Ainsi, c’est le minimum syndical qui est servi. De même, le facteur socioculturel compte, surtout dans un pays où les différences entre les classes sociales sont frappantes. Je suis toujours étonnée de voir comment l’accent détermine qui tu es en Angleterre. Et ces différences se retrouvent aussi dans l’assiette.

« Mais n’empêche que les Anglais ne prennent pas le temps de manger ! »

Pour nous, Français, c’est vrai. Surtout si le critère de « prendre le temps de manger » signifie passer une bonne heure à table. J’adore ce rituel qui invite à la douceur de vivre. Ce moment commence avec l’odeur des plats qui mijotent. Puis on dresse la table, on prend l’apéro et on passe à table avec la symphonie des verres qui s’entrechoquent, des rires qui fusent et des voix qui s’élèvent. Bon, disons-le clairement. Dans une famille anglaise, les choses sont un peu différentes. Je me suis retrouvée à un repas de famille où l’on pouvait entendre les mouches voler ! Dans ces cas-là, le repas est très loooonnnngggg !

Si vous souhaitez retrouver une ambiance plus joviale, il faut aller au pub ! L’atmosphère est plus décontractée et l’on y mange très bien. D’ailleurs, le mot pub n’est rien d’autre que la contraction de public house, littéralement la maison publique, à savoir un lieu pour socialiser. Le pub est un endroit vraiment idéal pour découvrir des plats anglais à défaut d’être invités dans une famille anglaise. Laissez-vous tenter par une pie (tarte farcie) ou le fameux Sunday roast, servi tous les dimanches. 

« Le cheddar, ce n’est pas du fromage ! Puis, ils n’ont pas de vins ! »

Détrompez-vous ! En Angleterre, vous trouverez du vin et du fromage. Mais encore faut-il savoir où aller et accepter l’ouverture d’esprit.
Je suis une grande amatrice de vins et de fromages (Française un jour, Française toujours !!!), et j’ai bu de très bons crus en France, en Italie et en Espagne (des pays dits producteurs de vin), mais aussi en Angleterre. Un des amis de mon mari, amoureux de bonne chère, nous a emmenés dans un endroit où j’ai bu un des meilleurs vins de ma vie. Comme quoi ! De même, sachez qu’avec le réchauffement climatique le sud de l’Angleterre est de plus en plus reconnu comme une région viticole. Enfin, ils produisent même du Champagne ! 🥂 Cheers!
Quant au fromage, on en trouve plein de types. Par exemple, mon beau-père m’avait fait goûter un excellent brie des Cornouailles. Et le cheddar ? Celui trouvé en tranches au supermarché du coin est en effet une insulte au vrai cheddar que l’on mange au Royaume-Uni.

« Et le sucré ? »

Alors là, c’est à foison ! Pour moi qui préfère le salé, c’est l’abondance de sucres qui me lasse le plus après mes séjours sur le sol britannique.

Ne vous méprenez pas, j’aime les gâteaux, mais tous les jours, j’ai du mal. Surtout l’abus de gâteaux industriels. Aller chez Tesco pour acheter un gâteau, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé (il fallait que je la place celle-ci !). En revanche, aller dans un petit salon de thé pour justement prendre cette boisson si chère aux Britanniques (ceci n’est pas un cliché), accompagnée de scones, j’adore. 

En partageant mon quotidien avec un Britannique, j’ai vraiment pu découvrir de l’intérieur la cuisine britannique qui vu de l’extérieur est souvent critiquée. Comme je le mentionnais au tout début, ces quelques lignes ne se veulent pas un manifeste de la cuisine anglaise, tout comme je ne veux pas dire que tel ou tel met est meilleur, que tel ou tel pays a la meilleure cuisine, etc. Après tout, De gustibus non est disputandum.

De la culture britannique à la sauce française, vous en reprendez bien encore un peu ?

  1. L’alliance franco-britannique, c’est mon pain quotidien…

2. Désunion et union…


Française, je vis en Espagne avec mon mari qui est Britannique, mais nous nous sommes rencontrés à Rome. Au quotidien, quatre langues et quatre cultures cohabitent. Pour des raisons professionnelles et passionnelles, notre langue de communication est l’italien, mais je parle en français à nos deux filles tandis que mon mari leur parle en anglais. Enfin, l’espagnol est la 4e langue de la famille : nos filles vont à l’école espagnole, mon mari collabore avec des universités espagnoles (traducteur et correcteur scientifique) et moi, je promeus l’Andalousie en traduisant des textes et des sites Internet, et en rédigeant des articles pour des clients.

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