c’est mon daily bread
À l’heure où le nouveau roi d’Angleterre foule le sol français pour une visite diplomatique de 3 jours et où les journaux français et anglais décortiqueront les faits et gestes, détailleront le menu servi à Versailles pour faire saliver les peuples, dresseront la liste des invités et rempliront les pages de plein de détails inintéressants, j’ai eu envie de revenir sur mon histoire avec le Royaume-Uni. Certes, je ne suis pas sujette du roi Charles III, mais je suis mariée à un Britannique et mes filles ont la double nationalité. Bref, loin du faste versaillais et des courbettes, chez nous, l’alliance franco-britannique, c’est tous les jours. Et comme le sujet est vaste, je lance une série d’articles dont le premier est consacré à la rencontre avec mon mari.
Rencontre à Rome… a long time ago
Depuis bientôt 15 ans, je partage ma vie avec un Anglais rencontré à Rome. Lors de notre premier rendez-vous, nous sommes allés prendre un verre : lui, une bière et moi, un verre de vin. Plus clichés, on meurt ! Moi, j’enchaînais les cigarettes, fidèle à l’image de la Frenchy clope au bec, nonchalante, assise à la terrasse d’un bistrot romain. Lui ? Il me faisait rire avec son humour so british. Mais ce jour-là, nous avons aussi abordé des questions touchy qui regardaient notamment la monarchie et la république.
Sans l’ombre d’une hésitation, je lui ai déclaré qu’une monarchie était anachronique. À mon affirmation, il m’a répondu qu’il était monarchiste et qu’il aimait la Reine qui savait unir son peuple. Je venais de comprendre qu’il ne fallait pas toucher à Lilibet. Puis, la conversation a dévié vers un des événements qui a lié encore plus nos deux pays (je ne parle ni de Waterloo, ni d’Azincourt), mais bel et bien de la disparition de la regrettée Lady Di, un épisode tragique démontrant le rôle désuet mais impitoyable de la Couronne.

La Dolce Vita avec un Anglais
Cette divergence d’opinions ne nous a bien sûr pas empêchés de continuer à nous voir et à développer l’entente franco-britannique autour de pizze, d’aperitivi et de gite à l’italienne. En effet, notre histoire ne s’est pas construite autour de la Manche ou de l’English channel (sur le nom de cette mer qui sépare nos deux pays, j’en aurais à dire aussi !), mais au rythme de la Dolce Vita. Main dans la main, nous avons parcouru l’Italie de long en large, bien loin des crises qui pouvaient surgir parfois entre nos deux pays. D’ailleurs, nous ne parlions entre nous ni en français, ni en anglais. Non pas que nous ne maîtrisions pas ces langues, mais l’italien était plus naturel. La langue neutre. Et aussi la langue de l’amour, ne nous voilons pas la face. En aucun cas, il ne s’agissait d’un rejet de la culture de l’un ou de l’autre, mais tout simplement notre amour pour l’Italie avait été le dénominateur de notre rencontre.
Le cinéma comme pont entre nos cultures
Pour autant, cela ne nous empêchait pas d’échanger sur nos cultures respectives et de livrer nos impressions. À ce sujet, je crois que j’aurais pu faire fuir Adam dès notre première sortie où je lui ai avoué qu’ado, j’étais inscrite au fan-club des Worlds Apart ! (N’était-ce pas un signe que j’avais toujours eu un penchant pour les Anglais ???)


Fort heureusement, nous partagions le même amour pour la musique classique italienne des années 60 et 70 ! De même pour le cinéma. Par exemple, quand nous vivions à Rome, nous adorions voir de nombreux films français ou britanniques en VO comme l’excellent Looking for Eric de Ken Loach au cinéma Nuovo Sacher. C’est d’ailleurs dans cette salle que l’actualité nous rattrapa : la crise de Calais. Dans notre bulle romaine, nous entendions davantage parler de Lampedusa que de la ville portuaire située au nord de la France et terrain de l’histoire de nos deux pays. Le film Welcome nous montrait une réalité crue qui serait, quelques années plus tard, exploitée au moment du Brexit.
‘Allo ‘Allo! et les clichés
En construisant notre histoire dans un pays tiers, nous n’étions pas confrontés aux remarques que les couples mixtes vivant dans un des deux pays peuvent entendre au quotidien. Peu de remarques désobligeantes certes, mais difficile d’échapper aux stéréotypes pour autant : les mangeurs de grenouilles, les buveurs de thé, les nombreuses guerres, etc. Les clichés ont la dent dure et persistent. Et puis nos accents. Combien de fois ai-je pu entendre les répliques de la série ‘Allo ‘Allo! (célèbre série comique de la BBC dont l’action se déroule dans un café de France sous l’occupation nazie) ?! Sans oublier le nombre de fois où on m’a parlé du Catherine Tate Show et de l’épisode de l’examen de français !
La grenouille et le prince
Adam aussi peut dresser la liste des fois où on l’a gentiment chambré. D’ailleurs, si on devait demander à un Français de décrire un Anglais, il le présenterait certainement avec une tasse de thé à la main, une queue-de-pie et un haut-de-forme. Tout simplement parce que dans notre imaginaire de Français, nous associons les Anglais à la Couronne. Ils ont beau avoir eu les Beatles et les Rolling Stones, on préfère les voir d’une manière guindée et aristocratique. Mais si ce cliché perdure, c’est aussi parce que les images de la Monarchie britannique s’invitent fréquemment sur nos écrans et que les Anglais y sont attachés. Ainsi, je me souviens très bien du mariage de William et Kate. Adam avait posé un jour de congé pour le suivre à la télé ! En rentrant du travail, je l’avais trouvé avec sa cup of tea et des shortbreads !

À ce moment-là, j’ai su que moi, la petite grenouille, j’avais trouvé mon prince. Il était tellement touchant et rempli d’espoir devant ce renouveau de la monarchie et du Royaume-Uni. Mais il ne pouvait pas imaginer que quelques années plus tard, tout espoir serait anéanti et qu’un grand nombre de sujets serait déçu. De cela, j’en parlerai dans mon prochain article.


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