Rome, dix ans après

En ce début de mois d’août, je célèbre un triste anniversaire. Celui d’une rupture intervenue brutalement alors que je n’étais pas préparée. Me direz-vous, nous ne sommes jamais prêts à affronter une séparation.

Il y a dix ans, je quittais donc ma résidence principale et mon CDI. Quelques semaines plus tard, j’abandonnais également mon code fiscal et quelques mois après, je clôturais mon compte en banque italien. Des cartes et des papiers qui étaient jusque là essentiels rejoignaient de jolies boîtes à souvenirs ou étaient numérisés pour finir par la suite dans un dossier oublié de mon ancien ordi. Je venais de perdre mon statut de Romaine résidente. 

Pas touriste et plus Romaine, que suis-je devenue ?

En dix ans, je ne suis revenue dans la ville éternelle que trois fois, bien que j’aie songé à y retourner chaque mois. Entre le départ précipité en août 2013 et le premier retour, il a fallu du temps. Cinq longues années de cicatrisation sur une plaie qui ne se refermera jamais, mais avec laquelle j’ai appris à vivre… plus ou moins. 

Août 2013 : Arrivederci Roma, Good bye, au revoir

Pour écrire ces quelques lignes, j’ai parfois dû m’interrompre, le temps d’essuyer mes larmes et de chasser la nostalgie qui m’empare à la douce évocation de la capitale italienne. Parce que Rome est à jamais gravée sur ma peau et dans mon âme. Elle sera toujours une tentation. La beauté de la ville qui me happe et dont je n’arrive pas à m’échapper. Une ville dont je connais les noms de rue comme ma poche grâce au Roma TuttoCittà offert par un de mes colocs à mon arrivée en 2005. Une ville que j’ai traversée de long en large, des bancs de la fac à des ministères où je donnais des cours.

Une ville aux multiples facettes que j’ai découverte au gré des quartiers où j’ai vécu et travaillé.

Le Colisée à Rome
« Vedo la maestà der Colosseo », chante Antonello Venditti

Quand je la retrouve, je jongle entre l’identité d’une touriste poussée par l’envie de voir si le Colisée est toujours aussi majestueux, et celle d’une Romaine d’adoption qui retrouve enfin sa ville. Je suis devenue une visiteuse. 

Tourner la page, vraiment ?

Dix ans après être partie de Rome, je n’ai pas réussi à l’oublier. Mais en ai-je seulement envie ? Une partie de moi continue à penser que je retournerai y vivre. Pas plus tard que l’an dernier, nous en étions presque convaincus. À nouveau, nous regardions les annonces d’appartements à Rome. Nous nous étions aussi renseignés sur la vente de notre appartement à Grenade et sur son éventuelle location. Nous avions même contacté une école. Et puis, nous avons abandonné le projet.

Le tram 19, le tram le plus culte de Rome
Juillet 2023 : le tram 19 ne part pas. Je repense alors à toutes les fois où je suis arrivée en retard, victime des mezzi romani

Chaque jour, le quotidien romain me manque et nous manque. Les amis, la langue italienne, la facilité de rencontrer des personnes, l’architecture, les couleurs, la gestualité et même la possibilité de s’énerver facilement et de mandare a quel paese la bureaucratie, les politiciens, les embouteillages, … 

Tout n’est pas que Dolce Vita

Cependant, nous nous sommes aussi rappelés ce que cela veut dire vivre en Italie et plus précisément à Rome. Bien que nous ayons vécu de très belles années à Rome, nous en connaissons aussi les difficultés, et tout ce qui se cache derrière les sourires et le soleil. Malgré nos CDI, notre maîtrise de la langue, notre réseau et nos années d’expérience, tout cela n’était pas assez pour lutter contre un système compliqué. Aujourd’hui, il faut ajouter à cela le pouvoir en place qui défend des valeurs que nous ne partageons pas. En étant parents de deux filles et en étant libres de vivre où nous voulons (plus ou moins), la raison nous pousse à patienter.

Ciao Roma, se beccamo!

Un jour, les filles voleront du nid et peut-être que Rome sera à nouveau notre résidence et non plus, une destination touristique. Ou peut-être pas. Sur une chose, je suis, par contre, sûre : je suis une Romaine d’élection et fière de l’être.

Bonjour

Retrouvez une fois par mois les notes de Cahier de Coco.

Nous n’envoyons pas de spam ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Partagez sur :

Commentaires

Une réponse à « Rome, dix ans après »

  1. Avatar de Joelle RICHARD
    Joelle RICHARD

    Bravo , très beau texte , rédigé avec le cœur , la vie est faite de pleins de surprise donc histoire à suivre 😛♥️

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *