Cliché andalou ou la vie dans le Sud

Sur la calle Gran Vía de Grenade, il y a une petite boutique que j’affectionne particulièrement. À chaque fois que je passe devant, je me demande si la prochaine fois elle sera encore là et combien de temps pourra-t-elle encore résister face au changement rapide de l’urbanisation grenadine. Parmi les hôtels de luxe 5 étoiles et les sièges de nombreuses banques, ce magasin fourre-tout détonne. On y trouve d’anciens vinyles, on peut y faire des photocopies, et on peut s’immerger dans une Grenade d’antan à travers une collection de clichés andalous.

En particulier, on peut tomber sur une carte postale andalouse un peu jaunie qui représente un vieux monsieur à dos d’âne au milieu de champs d’oliviers et au loin, un village sur une colline. Je ne connais ni le nom de ce village, ni le nom de cette personne.

Le village de Moclín dans la province de Grenade
Le village de Moclín dans la province de Grenade

Ce que je sais est que cette image lointaine nous transpose aux temps de nos aïeux, à une époque que je n’ai pas connue. Je crois que ma réelle passion pour le sud vient de là. Du vrai sud, celui qui a bercé mon enfance :

« On dirait le Sud, 

Le temps dure longtemps

Et la vie sûrement 

Plus d’un million d’années »

Nino Ferrer

Le Sud, c’est tout ce que je n’ai pas vécu petite. Ce sont des visages marqués par le soleil et la vie. C’est le chant de la cigale, bien sûr.

Souvent, je me suis demandé comment était la vie dans un village de la Méditerranée, cette chère Méditerranée prise d’assaut par les gens du nord en été. Comment nous percevaient les habitants à chaque fois que nous « débarquions » avec nos envies et nos clichés imaginaires ? De même, comment considèrent-ils l’arrivée des citadins qui en quête de nature migrent vers les villages, le week-end ?

Je sais bien qu’il existe une réelle déconnexion entre ce que je vis et ce que les gens de ces villages vivent, et c’est ce qui en fait sa beauté et sa complexité. J’ai, à maintes reprises, surpris des regards alors que je visitais un bourg. Leurs murmures m’intriguent. J’aimerais me glisser dans leurs conversations et savoir ce qu’ils disent.

Le Sud me touche et m’émeut.

Une fois dans un paesino de la Calabre, nous avons croisé, mon mari et moi, la route d’un vieux monsieur. Il faisait chaud, c’était la veille de Ferragosto et sur les hauteurs de Fiumefreddo, le soleil cognait. Ce monsieur nous a alors invités dans son atelier, et nous a présenté son presepe. Sa fierté. « Tous les ans, les gens du village se déplacent pour admirer ma crèche », nous avait-il confié dans son dialecte calabrais ponctué de mots italiens.

Cette rencontre s’est déroulée dans le sud de l’Italie, mais elle aurait pu avoir lieu n’importe où dans le bassin méditerranéen.

Par exemple, elle aurait pu avoir lieu à Montefrío, un petit village andalou au nord-ouest de Grenade.

Panneau du National Geographic à Montefrío
Le village de Montefrío au nord de Grenade

En 2015, ce joli pueblo blanco a été considéré par National Geographic comme un des plus beaux villages au monde grâce à son point de vue spectaculaire. Fort de ce classement, le village accueille, depuis, de nombreux touristes et a été immortalisé un nombre incalculable de fois sur Instagram.

Mais, Montefrío est, avant tout, un vrai village du Sud. 

Quand on arrive en voiture ou en bus, la première étape est donc un des deux miradors permettant de découvrir le village. La vue est spec-ta-cu-laire ! Des oliviers à perte de vue, un petit village blanc, un château et une église sur un rocher majestueux, des montagnes. Devant vous se dresse une carte postale andalouse, un peu comme une de celles que l’on peut trouver sur cette boutique vieillotte en plein centre de Grenade.

Vue de Montefrío
Ce village blanc est situé à 834 m au-dessus du niveau de la mer

Au-delà de ce magnifique panorama, autre chose se cache : la vie d’un village du Sud ! 

Le résultat est déroutant. C’est le sud qui m’intrigue. Des ruelles, des fils qui pendent, des hommes sur la place et au café du coin. C’est le Sud dans sa splendeur. Des stéréotypes méditerranéens à la pelle.

Je regarde les maisons. Dans leurs jus, elles sont toutefois jolies et invitent à la contemplation. Je note aussi les rideaux hideux. Je n’en voudrais pas chez moi, mais ici, ils ont de l’allure. Je me mets à épier les intérieurs. Ils sont rustiques, dirait-on. Il y a une table, la mesa camilla tant aimée des Andalous et bien pratique pour se réchauffer en hiver, du crochet partout, des cadres qui ont connu des jours meilleurs, une croix. On est dans le Sud.

J’entends des voix qui s’élèvent. L’accent andalou est fort, bien plus fort qu’à Grenade. Je m’approche. De l’autre côté de la vallée, je reconnais le fameux mirador de National Geographic, là où je me trouvais auparavant en compagnie de ma famille. Les voix s’intensifient. À présent, nous sentons une odeur âcre. Une guitare, aussi. Pas n’importe laquelle, c’est une guitare de flamenco. Nous voilà près de ce groupe de personnes. Ils sont en train d’allumer un feu pour préparer le repas et se réchauffer.

Parce que c’est le soir, parce que dans cette partie un peu reculée de ce village mondialement connu l’électricité n’est pas encore arrivée, et parce qu’il commence à faire vraiment froid sur le mont.

Montefrío

Ainsi, nous remontons en voiture pour rentrer chez nous et retrouver la vie frénétique de Grenade. Certes, nous habitons le Sud, mais celui-ci a plusieurs facettes comme celle du temps qui s’est arrêté dans ces petits villages qui peuplent la Méditerranée et mon imaginaire, et qui à travers leurs traditions et leurs visions de la vie, ont tant à nous offrir.

Car derrière une carte postale, se cache la vraie vie.

Bonjour

Retrouvez une fois par mois les notes de Cahier de Coco.

Nous n’envoyons pas de spam ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Partagez sur :

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *