Le día de la Cruz, mon jour préféré à Grenade

Une fois par an, je sors mes plus beaux atouts, je mets une fleur dans mes cheveux, je prends mon éventail et je descends dans la rue. Non, ce n’est pas à l’occasion d’un bal masqué, mais pour le Día de la Cruz à Grenade. Mais c’est quoi ce jour de la Croix ? Qu’est-ce qu’on y fait ? Et pourquoi je l’attends avec impatience chaque année ?

Une fête du printemps à Grenade

Le rendez-vous avec le Día de la Cruz est pris chaque année le 3 mai. En 2026, la fête tombera le dimanche 3 mai, mais les célébrations commenceront dès le samedi. Un week-end de fiesta !

À l’origine, on célébrait la Sainte Croix. Cette fête chrétienne était commémorée dans tous les pays chrétiens. Peu à peu, elle a été abandonnée pour finalement être retirée du calendrier. Dans certains endroits, elle s’est toutefois transformée en une fête populaire tout en conservant le nom religieux. En Andalousie, cette festivité qui se situe au moment de la floraison est notamment très appréciée à Cordoue et à Grenade.

L’Andalousie au printemps, un éventail de festivités

C’est à partir du XVIIème siècle que le día de la Cruz prend son envol à Grenade. Au début, les voisins se réunissent autour d’une croix pour manger et boire. L’intérêt croissant aidant, ces réunions se transforment en comités de quartier pour réaliser les plus belles croix et inviter les habitants à les voir. De nos jours, un concours est organisé pour décerner le prix de la plus belle croix.

Croix, ma belle croix, dis-moi qui est la plus belle ?

Et comme dans tout concours de beauté qui se respecte, il y a plusieurs catégories : la catégorie des patios, celle des restaurants, ou encore celle des écoles… 

Il y a bien sûr les préférées, celles qui chaque année sont les chouchoutes du jury et qui cartonnent du côté des bookmakers ! Au moment des résultats, il y aura toujours des déçus, des voix s’élèveront pour dénoncer ce favoritisme et puis, on passera à autre chose et on oubliera jusqu’à l’année suivante.

Une tradition andalouse dans les règles de l’art

Mais, voilà que je m’égare. Le día de la Cruz, c’est bien plus qu’un concours de beauté sans Foucault, ce sont des heures et des heures de travail où des personnes se retrouvent dans la bonne humeur au son de musique flamenca pour dresser un autel où la pièce maîtresse dominera son monde et où à ses pieds des objets seront posés.

Pendant le confinement, la mairie de Grenade avait demandé à ses habitants de célébrer chez eux le Día de la Cruz.

La première année, jeune première que j’étais, j’ai été surprise de trouver une pomme avec des ciseaux parmi les objets indispensables. Quel est ce lien qui unit la croix à une pomme et une paire de ciseaux ? En Andalousie, la pomme est appelée « pero » mais « pero » veut aussi dire « mais ». Cette métaphore de la pomme et des ciseaux permet de couper court aux critiques et aux mauvaises langues qui en se plaçant devant la croix pourraient dire « Cette croix est jolie mais (pero) il manque ça, à leur place j’aurais fait comme ça, etc. ». N’est-elle pas à croquer cette anecdote ?

Grenade, terre de tapas

En restant sur le thème des fruits et des légumes, il y a autre chose sur lequel il est impossible de faire l’impasse le 3 mai. Grenade, c’est la terre des tapas. Ici, on ne va pas au restaurant. On sort « tapear » (manger des tapas). L’offre est variée, et le prix de 2,50 euros pour boisson et tapa pousse à la consommation. Tout bar qui se respecte vous servira le jour de la Croix des « habas » (des fèves) crues. C’est en effet la pleine saison de cette légumineuse. Il faut écouler les stocks !

Ou bien, c’est pour faire plaisir aux femmes qui portent leurs magnifiques robes d’apparat, mais qui ne peuvent se permettre de trop manger sous peine de voir les attaches de leurs robes se défaire. Cette dernière phrase sent le vécu de celle qui l’écrit !

Collection printemps en Andalousie

Enfin, le día de la Cruz, on assiste à un véritable défilé de mode. Oubliez Paris, Milan et New York ! Ici, se joue l’avant-garde de la mode flamenca. Il faut oser ! Couleurs, pois, des petits et des grands, des fleurs, de la dentelle. Il faut que ça en jette ! Et j’adore ! C’est une féminité qui éclot.

Pour certains, cela peut sembler rétro, ringard, conservateur et too much. Jusqu’au jour où on prend part. Ce 3 mai 2015, cela a été un vrai déclic pour moi. C’est là où j’ai vraiment ressenti Grenade comme ma ville. Habillée comme une locale, j’en étais devenue une. J’étais celle que les touristes s’arrêtaient pour me prendre en photo. J’avais traversé le miroir. 

Si vous souhaitez vivre avec moi cette journée si spéciale, je vous invite à me suivre sur mon compte Instagram où je partage les préparatifs de cette festivité et les lieux pour admirer les différentes croix :

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