« D’où viens-tu ? », d’ici et d’ailleurs. Je suis un morcellement de lieux et de souvenirs…



Quand je suis arrivée à la Roche-Posay, j’enviais un peu mes camarades qui avaient leur famille à portée de main, qui connaissaient chaque village et hameau voisin. Longtemps, je me suis sentie dépaysée. Ma famille était éclatée aux quatre coins de la France, nos racines aussi, et les miennes, donc. Peut-être que cette tendance à vouloir constamment explorer de nouveaux horizons trouve son explication dans ces racines fragmentées.
Aujourd’hui, je suis réconciliée avec moi-même et fière de mon héritage multi-France.
Des lieux chers à mon cœur me suivent où que je sois : ma ville natale, Chartres, dont les vitraux de la cathédrale me guident. Puis, la Roche-Posay, connue dans le monde entier pour ses crèmes. Voir les produits dans une pharmacie m’émeut toujours autant. Sans oublier Poitiers, le début de mon indépendance. Puis, il y a l’île de Ré, associée aux souvenirs d’été partagés avec mes grands-parents maternels, tandis que la Bretagne, et particulièrement Saint-Cast, évoque les étés avec mes grands-parents paternels.


Enfin, la Normandie me ramène aux souvenirs d’enfance de mes grands-parents maternels sur leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Pas-de-Calais est également cher à mon cœur : c’est sur ses terres meurtries par tant de guerres que mon grand-père paternel me raconte encore son histoire et celle de mes ancêtres.
Ces lieux ont contribué à forger mon identité et constituent ma France, une France unique et personnelle.
Toutefois cette série serait incomplète sans mentionner un endroit spécial, un lieu rempli de tendresse et d’insouciance. Ce lieu a marqué mon enfance, c’est là que se trouvent mes premiers souvenirs. C’est un endroit enchanté, isolé de tout et de tous. Les années passées dans cet endroit sont gravées dans mon cœur, une parenthèse de bonheur que j’ai certainement idéalisée avec mes yeux d’enfant. Mais qui aurait pu deviner que les années à venir seraient difficiles et marquées par des événements douloureux ?

C’est pourquoi Juncalas, ce petit village de quelques âmes, perdu dans les Hautes-Pyrénées, reste mon point d’ancrage. En y revenant, c’était comme ouvrir une fenêtre sur le passé. Des sentiments contradictoires m’ont assailli : la joie de revoir cet endroit si cher, mais aussi la tristesse du temps qui passe, et le regret des personnes qui ne sont plus là.
C’est à elles que je pense en écrivant ces lignes et à ce temps du bonheur qui s’est envolé trop vite, mais qui à jamais s’appelle Juncalas.


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