Cet été, je vous convie à un voyage au cœur de mes destinations favorites. Celles qui, l’espace d’un instant, nous murmurent à l’oreille cette idée un peu folle de tout quitter pour s’y installer. Pour notre premier cahier d’été, cap sur Sóller, un village qui incarne à la perfection cette magie.
Au carrefour de la Méditerranée
Je ne sais pas si j’aurais un jour mis les pieds sur l’île de Majorque si ma belle-mère et sa meilleure amie n’y avaient pas pris leurs quartiers d’été. Les Baléares sont depuis longtemps la destination paradisiaque des Européens. Il y a Ibiza, l’île chimérique ; Formentera, le repère des Italiens ; Minorque, la discrète ; et enfin, Majorque.
La première fois que j’ai atterri à Majorque depuis Grenade, j’ai cru un instant être dans un pays nordique : on y parlait plus anglais, allemand ou néerlandais qu’espagnol. J’y croisais des vacanciers déjà en maillot de bain et en short, désireux de ne pas perdre une minute de soleil, quitte à attraper un coup de soleil dès le premier jour.
J’avais l’impression d’être arrivée dans un grand parc d’attractions au titre racoleur : « Vamos a la playa ». Dans le taxi, cette sensation étrange me collait à la peau autant que l’humidité. Il y avait aussi la fatigue, le manque de sommeil. C’était le lendemain du Brexit et nous, résidents étrangers en Espagne, mettions le cap sur la partie de Majorque où les Britanniques avaient planté leur drapeau. Quel contraste ! Pas besoin de se soûler du côté de Magaluf pour avoir la gueule de bois. Quelle ironie !
Ces premiers jours majorquins sont liés à ce souvenir douloureux et délicat. D’un côté, il y avait mon mari : Britannique, mais pur produit de l’Union Européenne, ayant vécu et travaillé dans plusieurs pays. De l’autre, ses compatriotes, se faisant dorer la pilule et enchaînant les cocktails bon marché pour célébrer la victoire du Brexit. Et puis, il y avait les locaux, déjà inquiets des conséquences du vote, craignant de voir partir leurs poules aux œufs d’or. À table, nous évitions le sujet pour ne pas froisser les esprits et gâcher les vacances.
Comment avons-nous vécu le Brexit en tant que famille franco-britannique : mon point de vue
Après quelques jours en « zone britannique », nous avons retrouvé notre liberté pour découvrir Palma, la capitale. Une ville purement méditerranéenne dans son architecture et ses couleurs, mais aussi dans l’assiette. Tout y semblait plus authentique.

Moi, je n’ai jamais été une grande amoureuse de la playa. J’ai besoin de nourrir mon esprit, d’être en mouvement. Il me faut de l’art, de vieilles pierres qui me murmurent des anecdotes, des expositions qui m’interpellent, des restaurants qui ne paient pas de mine mais dont les proprios se succèdent de génération en génération. Un lieu cache une vie, une identité. Et si les premiers jours à Majorque ne m’avaient pas transportée, ces instants à Palma promettaient de meilleurs lendemains.
Et j’avais raison…
Un train nommé Sóller
Depuis plus d’un siècle, habitants et voyageurs se rendent à Sóller en train, traversant ainsi la Serra de Tramuntana. Pendant plus d’une heure, depuis les fenêtres de ce convoi tout droit sorti d’une autre époque, on admire des paysages typiquement méditerranéens. Une invitation à la vita lenta. Une déconnexion totale.

Un voyage en douceur jusqu’à Sóller
C’est dans ce train étrangement vide que je suis tombée amoureuse de ce petit coin de l’île. Comme le peintre Miró, dont une partie de la famille maternelle était originaire de Sóller. D’ailleurs, le village rend hommage à l’artiste dès l’arrivée, avec une salle qui lui est consacrée dans la gare, elle-même joyau de l’Art nouveau.

La gare de Sóller
Quand on arrive à Sóller, le temps semble s’être arrêté, comme si les montagnes avaient protégé le village de toute conquête. Du moins, c’est l’impression que j’ai eue lors de ce premier séjour. Lors de ce premier face-à-face avec l’église Sant Bartomeu au fascinant mélange de styles. Lors de ce premier jus d’orange savouré sur la place, sans même savoir que Sóller avait bâti sa réputation sur ses agrumes. L’émerveillement de la première fois. Retrouver les ruelles caractéristiques de cette partie de la Méditerranée. Entendre des mots en majorquin qui nous ramenaient à Valence.

Puis, prendre le tramway, tout aussi pittoresque que le train, qui nous mena jusqu’à la mer, à la Sóller balnéaire avec ses boutiques d’artisanat et ses bars à cocktails plus modernes. À nouveau, passer entre les oliviers et les orangers, sentir la brise marine et s’émerveiller devant la baie de Port de Sóller. Une toute petite baie gardée par le phare de Cap Gros. Une invitation à poser ses valises. Encore.
Revenir à Grenade et repartir à Sóller
L’été de notre découverte de Sóller coïncidait avec une envie de plus en plus pressante d’acquérir un bien immobilier. Si, avant notre séjour, nous étions convaincus d’acheter à Grenade, après Sóller, nous n’étions plus si certains. Une partie de nous désirait vivre dans un lieu plus petit. À chaque déménagement, une ville moins grande : nous étions passés de Rome à Valence, puis de Valence à Grenade. Le marché immobilier n’était pas encore celui que l’on connaît aujourd’hui. Vivre dans ce petit coin de paradis semblait encore à portée de main.


Nous avions même calculé le trajet quotidien pour emmener notre fille au lycée français de Palma. Nous pensions à toutes les randonnées à faire : la Serra de Tramuntana est réputée pour cela. Nous nous imaginions acheter une maison dans le pur style italien « uscio e bottega » (littéralement « une porte pour la maison, une pour la boutique »), pour y vivre tout en y développant une activité. Nous voulions organiser des cours de langue, ouvrir une agence de traduction, proposer des événements, des expositions, des dégustations…
Nos cœurs balançaient vraiment : tout quitter encore une fois et tout recommencer ailleurs. Un coup de foudre pour une destination pouvait-il vraiment relancer les dés ? Après tout, nous avions déménagé à Valence pour cette raison, avant de la quitter un an plus tard pour Grenade. Mais, cette fois-ci, c’était différent. Vivre sur une île était un autre défi. Il y avait aussi le majorquin, un dialecte du catalan. L’une des raisons pour lesquelles nous avions quitté Valence était justement la question du valencien. Et puis, comment se faire accepter par les habitants sur une île déjà métamorphosée par le tourisme ?


Un an après notre premier séjour, nous retournâmes à Sóller. Cette fois, le train était bondé. Des voix fusaient de partout. Une autre expérience, mais au bout du tunnel, la magie de Sóller opérait toujours. Le musée moderniste de Can Prunera, ses agrumes qui égayaient les plats et les paysages, ses ruelles jouant entre ombre et lumière, la baie toujours aussi paisible. Nous remarquâmes cependant que l’endroit avait changé, qu’il était devenu plus international, plus moderne, plus « in », comme on disait à l’époque. Nous aussi, nous avions changé. Grenade avait gagné, mais Sóller restera toujours cette parenthèse enchantée qui nous avait réchauffé le cœur et ouvert ses portes après la douche froide du Brexit. Nous sommes retournés à Majorque par la suite, mais jamais à Sóller, comme pour préserver intact le souvenir de ce premier coup de foudre.
Pourquoi ce cahier d’été sur Sóller ?
Plutôt qu’un énième article « Que voir et que faire à Sóller ? » ou une liste des incontournables de Majorque, j’ai eu envie de vous proposer une approche différente, plus en phase avec ma vision du voyage.
Mon parcours m’a offert la chance de vivre là où d’autres viennent en vacances. Cette position privilégiée me permet d’en goûter la saveur au quotidien, mais aussi d’en percevoir les facettes moins idéales.
Ce cahier d’été est donc une invitation à partager mes ressentis. Sóller n’est que la première étape d’une série de balades intimes. Pour la suite, rendez-vous dans deux semaines !
Je m’appelle Coralie et j’ai lancé mon site Cahier de Coco en 2023 pour y aborder plusieurs thèmes dont la Méditerranée, l’Andalousie, l’Italie, la vie à l’étranger, la vie de famille multiculturelle…


Laisser un commentaire